Un Citroën T23 RU 1947 de Forest

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Un Citroën T23 RU 1947 de Forest

Message  Docteur T23 le Lun 3 Jan - 8:50

Suite à la demande de notre ami Xavier, voici donc, une petite friandise pour les gourmets d'histoire, rien de moins que le contenu intégral de l'édition lilliputienne du livre "Le Citroën U23 belge de mon père"...

Dans la collection « Autos de mon père », aux éditions ETAI, tout comme dans « La Citroën 2CV de mon père » écrit par un confrère, le fil conducteur est de décrire, à travers une chronologie documentée, les modèles français et non les modèles des différentes filiales Citroën étrangères. Mon livre « Le Citroën U23 de mon père », est sans doute modeste au niveau iconographique, j'ai d'ailleurs réalisé moi-même une partie des photos, et la plupart des documents proviennent de ma collection personnelle et de la photothèque Citroën. Il n'y a pas que des inédits, loin de là, car j'ai choisi d'écrire ce livre dans un but didactique, en m'appuyant systématiquement sur plusieurs vérifications historiques.



La photo N&B, ci-dessus, est publiée en page 145 dans le livre "Les camions Citroën" de Jansen/Sabatès. Sans vouloir être méchant, dans ce livre, par exemple, le modèle au centre des pages 136/137 n'est pas un Type 23 corbillard mais un petit car 10U12 de 1934. Ce genre de confusion prête évidemment à sourire et il y en a bien d'autres, en y regardant de près. Ce livre était donc très intéressant au niveau de la documentation N&B d'époque, mais il n'avait pas été écrit pour dresser une chronologie historique précise (c'est la raison pour laquelle j'ai repris, dans mon livre, entre autres, ce petit car 10U12, qui provient de la photothèque Citroën, pour le décrire correctement).

Toujours dans le livre de Jansen/Sabatès, en haut de la page 144, il y a un Type 23R colonial, un Type 23 R série "PO" (et non un type "P" comme c'est écrit...). La forme des ailes n'a d'ailleurs rien de propre avec le type "PO". Les modèles "coloniaux" n'ont que très peu de différences avec les autres, avec un aménagement plus poussé au niveau de la filtration d'air d'admission. Sur cette photo, les ailes restent les premières ailes françaises enveloppantes de série, montées sur les Type 23 R de novembre 1952 à avril 1953.

Maintenant, replongeons nous un peu dans l'histoire de Citroën, avec l'exemple des Traction françaises et belges. Pour des raisons de taxes douanières, dans la filiale Citroën de Belgique, à partir de 1934, la part de main-d'œuvre belge et de matériaux belges sera de plus en plus importante, pour la fabrication des Traction qui étaient effectivement entièrement assemblées à Forest, à cette époque. De 1934 à 1940, c'est même de la tôle belge qui sera envoyée en France pour y être emboutie, l'assemblage par soudure s'effectuant ensuite à Forest. Ces véhicules seront frappés, en fin d'assemblage seulement, d'une seule plaque belge et, même si ces voitures restent françaises de part leur conception en terme de structure et de motorisation par le bureau d'études français de l'usine-mère, leur habillage, leur peinture et leur finition belge leur étaient propre, de part le travail effectué par le personnel employé à Forest.

De 1940 à 1946, les usines forestoises seront occupées par les allemands, puis par les anglais. La mise en place de l'alliance entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg (le Benelux), en 1944, va apporter des modifications douanières, réduisant les avantages d'assemblages d'automobiles françaises à Forest. Donc, à partir de la reprise de production vers 1946/1947, Forest va cesser de construire des véhicules depuis la coque comme avant la Guerre. Forest reçoit dans un premier temps quelques Traction de l'usine de Slough (Angleterre) et ensuite, essentiellement des modèles de Javel (Paris), entièrement montés, mais sans pneus, en apprêt et sans garnitures. Ces voitures seront seulement «terminées» à Forest, avec deux sortes de finitions (« Paris » et « Bruxelles ») au niveau de la sellerie, des jantes, etc. Des feux Willocq-Bottin équipent tous ces modèles. Une partie de cette production Citroën belge d'après-Guerre sera d'ailleurs exportée dans les colonies belges telles le Congo et le Ruanda-Urundi.

Rappelons que, dans la première décennie d'après-Guerre, les chiffres de production des Type 23 étaient nettement inférieurs aux Traction. La 2CV n'y apparaît qu'en 1952 et la DS, arrivera aussi en décalage avec la France. Concernant les Type 23 qui vont passer par Forest à cette époque, il est probable qu'ils aient été peu nombreux.

Les Type 23 seront eux aussi directement importés de l'usine-mère, entièrement montés, avant de subir quelques modifications à Forest. Ils étaient donc presque entièrement construits à Paris, en châssis cabine (mais probablement sans les ailes et sans les phares), d'où le numéro de la plaque française frappée en sortant de l'usine française. Ensuite seulement, ils étaient finis à Forest, d'où la seconde plaque belge que tu peux voir rivetée au dessus.

Revenons à la photo N&B en haut de la page 145. C'est bien un modèle "sorti de l'Usine de Forest", avec des ailes spécifiques. Il n'est pas de 1952 mais de 1946 ou 1947.

Observons maintenant les photos du véhicule de Xavier:




- L'année 1947 commence autour du n°312000 pour la série française des Type 23. Ton Type 23 est donc du tout début de l'année 1947 et il a donc bien son pare-brise en deux morceaux, comme tous les modèles sortis de Javel de 1935 à 1947 .


- Les charnières supérieures sont « basses », comme tous les Type 23 français d'avant juillet 1949, il semble qu'il y ait seulement une partie qui cache et qui épaissit un peu plus les charnières supérieures, donc soit une charnière spécifique, soit une pièce posée sur la charnière française.


- Les charnières inférieures sont en revanche identiques aux françaises.



- L'intérieur de la cabine est quasiment identique, il manque le commutateur de clignotant qui est au même endroit sur les modèles français.
- Le moteur et les essuie-glace semblent français (pour les balais je ne peux pas lire la marque...)
- L'ampèremètre à l'extrême gauche de la planche de bord, semble avoir été rajouté postérieurement, car le montage n'est pas très « propre ». Il est probable qu'il n'y ait que le voyant rouge témoin de charge de la dynamo, comme sur les modèles français.



- Tout l'intérieur du compartiment moteur ainsi que le filtre à air sont les mêmes que ceux montés sur les modèles français. Attention, ce type de grand filtre cylindrique (le Técalémit BTT n°539 ou MAHLE avec ses deux pattes de fixation sur le couvre-culasse) n'était pas monté systématiquement sur les Type 23 d'avant décembre 1952, et il est encore différent du modèle PO à bain d'huile (ce qui explique aussi que ton camion n'ait pas été destiné à partir pour les colonies). J'ai aussi ce type de filtre, sur certains de mes Type 23 qui sont tous français. Par la suite, c'est le Técalémit 613 ou Miofiltre, en forme de camembert, qui sera monté à partir de décembre 1952, mais il ne sera systématiquement monté qu'à l'apparition des cabines Levallois, tellement il était devenu impensable, en novembre 1953, de sortir un nouveau modèle de camion sans filtre à air...

J'en viens maintenant à la raison pour laquelle j'ai évoqué l'histoire des Traction de Forest. Les différences principales entre les Type 23 belges et français seraient donc:



- ailes avant spécifiques belges, légèrement étriquées dans leur partie supérieure, qui cherchent à se rapprocher le plus possible des formes des ailes des Traction,
- feux d'ailes avant spécifiques identiques aux Traction finies à Forest, excepté que le corps est peint et non pas chromé comme sur les Traction.
- optiques Willocq-Bottin à verre bombé et supports d'optique différents. Je ne connais pas la référence exacte de ces optiques mais il est fort probable que ce soit les mêmes optiques que celles attribuées aux Traction belge. Sur les modèles français, les optiques diffèrent entre les optiques des 23 et des Traction. Elles seront bombées sur les Traction qu'en 1936 et pour les Type 23, seulement en 1951.

- feux clignotants latéraux ROG, montés aussi sur les Traction belges (quoique, sur la photo N&B du 23 belge, les flèches de direction sont des flèches françaises).
- on ne les voit pas sur tes photos, mais si les feux arrières d'origine sont encore sur le camion, il est probable qu'ils soient aussi les mêmes que ceux des Traction belges.
- plaques d'immatriculation conformes aux plaques belges de l'époque
- peut-être le vide poche, différents des modèles militaires français et allemands, est aussi un aménagement de Forest, mais sous réserve, car on en rajoutait aussi souvent sur les modèles français civils.

Pour moi, ce Type 23 belge est une rareté, puisqu'il correspond à cette période de pénurie où Forest recevait encore des Traction anglaises, Javel ne pouvant pas encore fournir Forest. On peut supposer qu'il ait été une commande particulière, voire un modèle d'exposition, dans le but de diffuser des Type 23 en Belgique. Il est fort probable qu'il y en eut très peu. Acheter un Type 23 « aile plate » français, quitte à l'équiper d'éclairage et de plaques belges, revenait tout de même moins cher pour un simple camion dont on ne recherchait pas forcément le luxe (encore moins que les Traction), juste après la Guerre, à une époque où l'essence était encore rationnée... On peut aussi penser que l'idée ait été abandonnée à Forest, dès qu'elle reprit son activité sur les Traction puis sur les 2CV.

En conclusion, puisque son châssis-cabine fait partie des innombrables Type 23 "non terminés", qui sont sortis des chaînes de l'usine Citroën française et qui sont partis dans de nombreux pays du monde (certains sont allés à l'époque jusqu'au Vénézuela...), même si ce Type 23 n'est donc pas aussi « belge » que l'on pourrais le soupçonner, il est incontestable qu'il est passé à Forest, dans la S.A. belge des automobiles Citroën, pour une finition particulière, dont visiblement la peinture bicolore, et il n'en reste pas moins une très belle curiosité qu'il faudra surtout ne jamais détruire mais restaurer...

Et il est plus que probable que ces ailes belges d'immédiat après Guerre auront au moins influencé l'usine mère Citroën, lors du "relooking" de l'année 1953, en attendant les nouvelles cabines Levallois.

Ivan LAVALLADE, décembre 2009
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Re: Un Citroën T23 RU 1947 de Forest

Message  AZUL58-63 le Lun 18 Juil - 23:06

Superbe résumé.

Merci Ivan et nous ne manquerons pas de te tenir au courant le jour où nous allons le sortir de son sommeil pour sa restauration Wink
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